Entretien

Entretien sur les mutilations génitales féminines.

Radio Ndarason International a reçu le Weekend dernier, le gynécologue Adoum Tchari. C’est à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les mutilations génitales féminines. Cette journée a été commémorée le 06 février passé. Dans cet entretien, Dr Adoum Tchari parle du danger de l’excision sur la santé des femmes. Nous vous proposons ici le transcrit de cet  entretien de Mahamat Ali Mouta et Dr Adoum Tchari.

Bonjour  Docteur  Adoum Tchari.

Bonjour Mahamat Ali Mouta.

Mahamat Ali Mouta : Aujourd’hui c’est la journée mondiale de lutte contre les mutilations génitales féminines.  Avant d’entrer dans le vif du sujet, dites-nous que signifie mutilation génitale féminine ?

Docteur  Adoum Tchari : Mutilation génitale féminine veut dire ablation rituelle d’une partie  ou tous  les organes génitaux  externes de la femme. Nous parlons de rituelle parce que ce n’est pas une chirurgie recommandée par la médecine. Ce sont des habitudes traditionnelles  pratiquées beaucoup plus en Afrique. Pour me résumer, l’ablation est un rituelle qui consiste supprimer une partie des organes génitaux  externes de la femme.

Mahamat Ali Mouta : Quelles sont les conséquences de la mutilation génitale féminine chez la femme ?

Docteur  Adoum Tchari : Les mutilations génitales peuvent entrainer de nombreuses complications.  Près de 200 millions de filles  dans le monde ont été victimes de cette pratique.  La partie du monde la plus touchée est l’Afrique. Il y a également une partie de l’Asie.   Selon les enquêtes menées par l’OMS entre 2010 et 2014,  44,2% des femmes ont été victimes  de cette pratique au Tchad.   Les sensibilisations menées par le ministère tchadien de la santé publique appuyé par organisation mondiale de la santé OMS, a permis de réduire  à 38 %  cette pratique en 2017 selon le même rapport.

Mais sachez qu’il y a des conséquences immédiates qui interviennent juste au moment où ont excise la fille. C’est le cas des hémorragies.  Pendant ce moment le sang coule à flot   et sans interruption. Si c’est dans un endroit reculé, la victime peut perdre la vie si, elle n’est pas  conduites rapidement dans un centre de santé pour une prise en charge médicale.  Cela m’amène à vous dire qu’après excision, seulement 3% de victimes sont suivit par un agent de santé. Pourtant les lames utilisées pour couper le clitoris peuvent provoquer des infections sexuelles. Ces femmes ne sont pas formées. Elles ne stérilisent pas leurs outils de travail et n’utilisent point les antiseptiques. Cette est dangereuses et  exposent les victimes au tétanos. Le tétanos peut tuer en seulement quelques jours.

Il y’a encore d’autres complications telles que les liaisons. Cela intervient  lorsqu’on enlève tout le clitoris avec les petites lèvres.  Cela est appelé  infibulation et peut entrainer même la liaison du périnée. Le périnée est la partie située entre le vagin et l’anus. Ça peut être à la base de complication sanitaire chez la femme. Les conséquences se remarquent pendant la grossesse. Période pendant laquelle,  la femme peut avoir des infections qui ne peuvent pas vite guérir. A long terme, il peut avoir liaisons du périnée et cela  peut entrainer des complications pendant l’accouchement.

Il y a ensuite les difficultés de faire des rapports sexuels. Pendant l’acte sexuel, la femme va ressentir plus de douleurs que de plaisir. Il faut donc, un long traitement et  une prise en charge psychologique pour pouvoir aider ces femmes. Mais ce n’est pas définit car on ne peut pas  traiter définitivement le problème. Et pour le cas des femmes qui doivent accoucher, il arrive que la tête du fœtus ne sorte pas facilement sortir. Cela peut provoquer un délabrement de vagin voir même une vésicaux vaginale chez la victime. Cela peut même  entrainer des fistules très graves chez la femme. II faut parfois plusieurs interventions chirurgicales avant que la fille ne puisse recouvrer la santé.

Mahamat Ali Mouta : Comment se fait la prise en charge ?

Docteur  Adoum Tchari : La prise en charge peut se faire lorsque c’est immédiat afin  d’arrêter le saignement. Souvent ce sont les artères coupées qui provoquent beaucoup de saignements. Dans ce cas, il faut vite conduire la fille dans un centre de santé afin que les médecins puissent arrêter le saignement. En cas de complication c’est le centre de fistule qui prend en charge la patiente.

Mahamat Ali Mouta : Quelle est la tranche d’âge la plus touchée aujourd’hui ?

Docteur  Adoum Tchari : Presque 37%  de fille âgées entre 10 et 14ans ont été victimes de mutilation génitales au Tchad.  En revanche, 50% de filles ayant entre 5 et 9ans sont les plus touchées par cette pratique. Nos statistiques montrent également que 4% de fille de moins de 9ans y sont également concernées.

Mahamat Ali Mouta : Dans quelle localité du Tchad cette pratique est beaucoup plus pratiquée ?

Docteur  Adoum Tchari : Je ne peux pas vous affirmer avec certitude qu’aux Tchad, telle ethnie pratique plus cette pratique. Mais ce qui est certains, au Tchad, il y a 3 à 4 localité du pays où cette pratique est beaucoup plus développée. Au sud, il y a une  grande partie du Mayo Chari,  et dans le centre Hadjer Lamis, le Chari Baguirmi et puis à l’ouest vous avez le Ouaddaï.

Mahamat Ali Mouta : A l’occasion de la journée internationale de lutte contre les mutations génitales féminines que dite vous aux parents qui estiment qu’il est bon de faire exciser les filles ?

Docteur  Adoum Tchari : C’est une pratique traditionnelle et ancestrale. Et malgré les sensibilisations, beaucoup de parents  non pas compris que cette pratique est néfaste sur tous les points. D’abord sur le plan physiologique on prive la fille de tous  plaisir. Ensuite le second problème est qu’elles sont exposées à d’autres complications. Elles peuvent avoir des saignements, des infections et peuvent avoir des complications pendant l’accouchement. Bref, ils sont en train de créer des problèmes sanitaires qui peuvent amener leurs enfants à la mort. Donc, il faut qu’ils évaluent  le tort que cette pratique cause à leurs enfants et si possible,  y mettre fin car Dieu créateur du ciel et de la terre, n’a pas créée cet organe en vain.  Alors pourquoi l’enlever et priver les victimes d’une partie de leur organe. Il vaut mieux arrêter avec cette pratique qui n’arrange pas.

Mahamat Ali Mouta : Quels sont les grands problèmes que rencontrent les femmes qui ont été mutilées ?

Docteur  Adoum Tchari : En matière de  procréation  il n’y a pas de problèmes. Elles conçoivent normalement. Mais elles sont mises à rude épreuve dans le foyer.

Mahamat Ali Mouta : Quel rôle doit jouer les leaders religieux dans la lutte contre les mutilations génitales féminines ?

Docteur  Adoum Tchari : L’OMS a demandé qu’on n’implique  d’avantage les leaders religieux dans la sensibilisation. Les leaders jouent un rôle très important dans nos églises et mosquées. Ils doivent sensibiliser les hommes et femmes afin que cesse cette pratique.

Mahamat Ali Mouta : Merci Docteur  Adoum Tchari.

Docteur  Adoum Tchari : Merci Mahamat Ali Mouta.