Nouvelle régionales Stabilisation

Attaques répétitives dans la zone des trois frontières : « Nos cœurs saignent pour Solhan »

Une attaque meurtrière a eu lieu dans la nuit de  vendredi à samedi dernier dans un village du nom Solhan dans le Nord-Est du Burkina Faso. Le bilan continue d’évoluer et le dernier en date parle de 160 morts. Le village Solhan est dans la zone “des trois frontières” entre Burkina, Mali et Niger. Les présumés djihadistes liés à Al-Qaïda et à l’Etat islamique y opèrent et attaquent des civils et des militaires. Dans la nuit, des habitations et le marché ont été mis à feu. Cette attaque est la plus meurtrière depuis 2015. On dénombre, de 2015 à nos jours, plus de 1.400 morts et plus d’un million de déplacés au Burkina Faso.

Les réactions dans la presse de la sous-région

Dans un éditorial au titre évocateur « Nos cœurs saignent pour Solhan », le quotidien l’Observateur Paalga, montre a quel point la nation burkinabée est hantée par ce dernier massacre. « Solhan baigne donc dans le sang, et nos cœurs saignent. C’est peu dire que cette nuit cauchemardesque a plongé le pays tout entier dans un état de choc. Nos larmes coulent pour Solhan, dernier exemple en date de notre incapacité à sécuriser nos malheureux 274 200 kilomètres carrés que nous ont légués nos ancêtres et dont on se demande bien s’ils valent encore cette superficie dans la mesure où des pans entiers de notre territoire échappent à tout contrôle ; des zones de non-droit où des obscurantistes coupent dorénavant les bras des voleurs en vertu de la charia, comme jadis à Tombouctou au Mali. »

L’émir de Liptako, Ousmane Amirou Dicko un grand notable connu de tous au Burkina, s’est aussi exprimé sur la situation. Dans une interview accordée au site le Faso Net, l’émir souhaite que les gens agissent plus pour que ces attaques s’arrêtent. « Il a toujours été question d’agir pour que ça cesse. Des actions militaires ont été effectuées mais la situation empire. Qu’est-ce qui ne va pas dans cette zone ? On a des éléments éparpillés qui essaient de tout faire pour que la population n’ait plus confiance aux structures étatiques. A partir du moment où cette confiance s’effrite, qu’est-ce qui arrive ? Ce sont des marches, des révoltes et une réaction de l’autre côté participe inéluctablement à quelque chose dans cela » a-t-il déclaré.

Sur le même site, le Président de la Commission de la CEDEAO a  condamné fermement ces attaques qui sont, dit-il,  lâches et barbares. A cet effet, il a exprimé sa solidarité envers le peuple Burkinabé. Après ces attaques répétitives, beaucoup se posent des questions sur l’efficacité de l’armée burkinabé qui agit très souvent avec lenteur. L’enseignant chercheur et analyste burkinabé des questions terroristes, Jacob Yarabatioula, a déclaré sur Deutsche Welle que deux choses peuvent expliquer ces attaques récurrentes: “La première c’est que l’armée manque de moyens pour y faire face. Deuxième hypothèse : ils n’en veulent pas ou il y a un problème de commandement qui plombe la réaction, la réactivité de nos forces de défense”.

                  « On a laissé l’urgence de la lutte contre le terrorisme au profit du Covid 19 »

La zone des trois frontières est devenue depuis un bon bout de temps le concentré de toutes les violences de la region. Les interventions militaires ne répondants pas aux attentes, les populations de la sous-région du Sahel sont terrorisées. Les gouvernants sont impuissants et ne peuvent plus apporter des réponses en matière d’éducation, de démocratisation, de développement et d’urbanisation. Les populations sont mécontentes et les jeunes sont quelques fois motivés à rejoindre les groupes terroristes. Le plus souvent les raisons sont économiques, idéologiques. L’autorité des pouvoirs publiques doit être  rétablie d’urgence. Le sociologue Jacob Yarabatioula n’y croit pas trop et évoque un manque de vision au sommet de l’État. “Si le président Roch trace une vision claire, l’explique au peuple burkinabè, même s’il met un enfant de CP1 à la tête de n’importe quel ministère, il va conduire à bon port la stratégie. On a laissé l’urgence de la lutte contre le terrorisme au profit du Covid 19 et d’autres situations qui ne sont pas à mon avis prioritaires”.

 

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