Entretien

Le diabète au Tchad, une affaire de tous.

Radio Ndarason Internationale a reçu le week-end dernier Dr Djaury Dady-A, le président de la maison de diabète du Tchad, à l’occasion de la journée mondiale de diabète célébrée le 14 nombre de chaque année. Dans cet entretien, le président de la maison du diabète nous parle de cette maladie, des causes, de la prise en charge et de la prévention de de cette maladie.

Nous vous proposons ici cet entretien de Mahamat Ali Mouta avec Dr Djaury Dadji-A, président de la maison de diabète du Tchad à N’Djamena.

Mahamat Ali Mouta : Dr Djaury Dadji-A , vous êtes médecin, dites-nous, qu’est-ce que le diabète ?

Dr Djaury Dadji-A : Par définition, le diabète, c’est  l’augmentation du taux de sucre dans le sang,  dans le corps. Cette augmentation est d’une manière persistante et chronique. Le diabète concerne tout le monde.  Quand ce taux de sucre dans le sang est élevé, on parle  de diabète. Il est lié au fait que le pancréas  est déstabilisé. Cela influence la production de l’insuline. Lorsqu’il y a un problème d’insuline, il y a également  insuffisance  dans le sang : C’est ce qu’on appelle  diabète.

 Mahamat Ali Mouta : Le 14 novembre est déclarée journée mondiale des diabétiques. Alors quel est le thème retenu à l’international ?

Djaury Dadji-A : 14 Novembre c’est la journée mondiale du diabète. Cette année le thème retenu est « La famille et le diabète ».  Alors pourquoi la famille et le diabète ? C’est parce que la prise en charge du diabétique ne relève pas seulement de la compétence du médecin et du diabétique. C’est l’affaire de toute une communauté. Et donc, quand le diabétique est entouré d’une personne,  sur le plan psychologique, son moral est fort. L’entourage peut l’aider pour la prise en charge. Par exemple, si la famille et l’entourage sait que quand le diabétique fait une hypoglycémie, il transpire beaucoup et   a une sensation  de faim, elle prendra des dispositions.  Cependant, si la famille ne sait pas, elle peut le laisser mourir. Si le malade urine beaucoup, par exemple, c’est-à-dire qu’il présente une augmentation de taux de sucre. Il va falloir donc que quelqu’un le sache. Maintenant, si une personne le sait, la personne peut l’aider et le suivre dans les soins. C’est la raison pour laquelle, cette année,  l‘accent  est mis sur la famille parce que le diabétique a besoin d’être accompagné pour être équilibré et vivre longtemps.

Mahamat Ali Mouta : Quel est le thème national retenu cette année ?

Dr Djaury Dadji-A : Il est bien vrai que nous sommes une association, mais nous fonctionnons aussi avec l’internationale. Il est aussi bien vrai que nous ne sommes pas encore membre de la fédération internationale du diabète, mais nous travaillons aussi avec le thème international. Cette année nous, avons mis plus l‘accent sur la prévention et l’éducation. C’est ce qui est plus adapté à notre pays le Tchad.  Nous mettons l‘accent sur la sensibilisation parce que la population tchadienne, en général, et population N’Djaménoise, en particulier, est ignorante des problèmes liés aux Diabètes. La preuve est que, pendant les campagnes de dépistage volontaire les gens n’y viennent pas. C’est pourquoi,  nous avons besoin de sensibiliser la population pour que les gens comprennent que tout le monde est concerné par le diabète quel que soit ce qu’il est car, tôt ou tard il peut développer le diabète,  s’il ne prend pas de bonnes dispositions. Les facteurs qui favorisent cette maladie sont, entre autres, la mauvaise alimentation, la non pratique du sport. C’est pour cette raison que nous avons besoin de sensibiliser la population sur la question du diabète. En ce qui concerne maintenant le diabétique. Le  plus souvent, le diabétique sait qu’il est diabétique. Cependant, Il y a un mythe. Il ne veut pas que les autres sachent qu’il est diabétique. En plus de cela, il ne veut pas prendre son traitement pendant longtemps compte tenu de son cout élevé. Des fois, il fait  recours au tradi-praticiens. Et donc, il est de notre responsabilité d’éduquer et sensibiliser les diabétiques. Cela va leur permettre d’éviter les complications. Vous savez, si les complications sont évitées, la personne peut vivre plus longtemps. Non seulement,  les complications coutent chères, aussi elles peuvent tuer.  C’est pour cette raison que cette année nous mettons plus d’accent sur la prévention.

Mahamat Ali Mouta : Quel est même l‘objectif de la journée mondiale des diabétiques ?

Dr Djaury Dadji-A : L’objectif de la journée mondiale du diabète est de faire connaitre le diabète à la population. Deuxièmement, elle vise à amener le diabétique à savoir  comment il peut éviter les complications. Cela pourrait lui permettre d’éviter qu’il puisse développer des complications. Je vous cite quelques exemples, il y a des complications qui sont fatales car elles peuvent tuer. Il y a, par exemple, l’hypoglycémie. Lorsque le diabétique fait une hypoglycémie, il peut mourir par ignorance. Outre les complications qu’on peut avoir, il y aussi les risques d’amputation. Et beaucoup de diabétiques sont imputés simplement parce  qu’ils ne sont pas informés, simplement parce qu’ils ne sont pas éduqués. Donc nous tenons et mettons vraiment  l‘accent sur l‘éducation des diabétiques.

Mahamat Ali Mouta : Quelle est la situation des diabétiques au Tchad ?

Dr Djaury Dadji-A : Là, nous partons sur la base des estimations. Selon  la fédération internationale du diabète,  6% de la population tchadienne  est diabétique. Ça, c’est un exemple. Mais, je vais vous donner un autre un exemple. En 2017,  nous avons fait une campagne de dépistage du diabète dans la ville de N’Djamena. Nous avons dépisté 689 personnes. Sur les 689 personnes dépistées 30% avaient une glycémie au-delà de 1,26.  Si nous faisons un petit calcul, vous verrez, que c’est un nombre assez important de personnes qui ont fait le diabète.  On a à peu près 206 sur les 689.  Ils  avaient une glycémie un peu élevée  qu’il ignorait. Nous étions obligés de les orienter dans des structures de santé pour se faire dépister. Cette année par exemple nous avons élargie le dépistage dans quatre arrondissements. En ce moment où, je vous parle, nous sommes en campagne de dépistage dans le 5ème, 6ème ,7ème et le 8ème arrondissement. C’est un dépistage systématique.  Et nous pensons qu’à l’issus de cette étude, nous pourrions avoir une idée sur le nombre de personnes malades.

Mahamat Ali Mouta : Combien de personnes meurent chaque année de diabète ?

Dr Djaury Dadji-A : Une personne meurt toutes les 6 secondes du diabète dans le monde. C’est ahurissant ! Maintenant quand nous revenons maintenant  au Tchad, il n’y a pas des études hospitalières  qui ont montré des décès assez important dans le milieu hospitalier.  C’est seulement à l’hôpital général de référence nationale ou on traite les personnes malades. Imaginez dans les structures ou, il n’y a pas des spécialistes en la matière. Les gens meurent sans qu’on ne sache qu’ils sont diabétiques. Donc, le décès lié au diabète est assez important. Je profite également pour vous dire qu’une étude sur le diabète a été menée en 2016 sur les enfants à l’hôpital Mère et enfant de N’Djamena. Sur 61 enfants  diabétiques qui ont été recensés sur une période de 6 mois, 10 sont morts. C’est dans un intervalle de six mois. C’est une étude que moi-même ai faite pour ma thèse de doctorat. Et parmi ces enfants, un est mort pendant la complication aigué. Mais les neuf autres sont morts au cours de leurs suivit  simplement parce que leurs parents disaient ne pas avoir  d’argent pour investir.

Donc, cette maladie doit attirer l’attention  du gouvernement. Le gouvernement  investi beaucoup dans certaines maladies transmissibles,  mais le diabète est ignoré. Pourtant, le diabète est en train d’évoluer silencieusement avec une vitesse  exponentielle.

Mahamat Ali Mouta : Comment se fait la prise en charge ?

Dr Djaury Dadji-A : La prise en charge ne relève pas seulement  de la compétence du médecin. Le médecin donne juste des conseils. C’est le malade qui est impliqué dans cette prise en charge pour avoir  un résultat positif.

Mahamat Ali Mouta : Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit de la population tchadienne ?

Dr Djaury Dadji-A : Mon  appel est simple. Il faut que la population ait un comportement sain. C’est-à-dire une alimentation saine. Elle doit manger moins sucré, moins gras et moins salé. Il faut que la population se fasse également dépister et bien soigner car lorsque le traitement n’est pas bien suivi cela influence sur la qualité de vie. Et quand la de vie est influencée, le résultat que votre vie est sensée produire est également réduite.

Mahamat Ali Mouta : Merci, docteur

Dr Djaury Dadji-A : Merci Mahamat Ali Mouta.

Emmanuel IMBANDA LOKENGA LOTSHITSHIMBI